Sans surprise, mon arrêt est prolongé parce que je ne récupère pas. Donc je vais quitter l'internat une semaine (youpi les déclarations de changement de logement à la sécu), 5h de train aller et 6h30 retour - même si je me repose bien, le trajet du retour devrait suffire à me redéglinguer !
On verra bien ce que j'aurai à raconter en rentrant...
Pour les initiés, je trouve que mes mésaventures sont finalement intéressantes : au départ c'est une simple tendinite du supra-épineux, puis des contractures de toute la ceinture scapulaire, d'où la NCB C7-C8, avec une atteinte du nerf de Charles Bell (j'aurais même pas pensé à chercher ça sur un de mes malades...), donc une scapula volante et des subluxations (voire luxations mais c'est classique chez moi) gléno-humérales, et une recrudescence de la tendinite puisque le tendon pas encore cicatrisé se fait étirer par les luxations... Et on ajoute même un peu de biceps là-dedans, pour pimenter... Je remets le coude au corps, pour soulager l'épaule quitte à aggraver la cervicalgie, ou j'évite, pour soulager le cou mais en sachant que la tendinite va reflamber ?
Les effets indésirables des corticoïdes commencent, aussi, c'est la fête à tous les étages en ce moment.
Ah, ces cordonniers mal chaussés !
dimanche 28 février 2010
De l'air
Par Mimi le dimanche 28 février 2010, 01:25 - Mimi-la-loose !!
mercredi 24 février 2010
Le parcours du combattant, de l'autre côté de la blouse
Par Mimi le mercredi 24 février 2010, 23:45 - Les aventures de Mimi
J'occupe gentiment ma semaine d'arrêt maladie en allant consulter, passer des radios, faire le plein de cachets de toutes les couleurs à la pharmacie (et dire bonjour dans mon service ; d'ailleurs je suis doublée dans le couloir par les malades, ceux qui me connaissent prennent de mes nouvelles et je prends des leurs, c'est marrant).
Depuis que les choses se sont aggravées, j'ai décidé d'arrêter de faire ma petite cuisine toute seule puisque ça ne me réussit pas. J'obéis aux ordres médicaux de la rhumato qui m'a arrêtée, je me fonds dans la masse des patients, je ne passe pas réclamer mes radios entre deux en chuchotant que je travaille ici pour passer devant, mais je prends de vrais rendez-vous - chacun son tour, pas de passe-droit.
J'ai donc tout le loisir de voir le parcours du combattant que c'est de se faire soigner en externe dans un hôpital.
Les subtilités administratives me rendent perplexe.
J'ai reçu aujourd'hui 12 courriers de la sécu (oui oui, douze) concernant deux anciens accidents de travail, les fameux AES. Ca cafouille, pour un même dossier j'ai 3 interlocutrices qui ne doivent pas se concerter et qui m'envoient des demandes et des infos contradictoires. Au programme de la journée demain : écrire moi aussi plein de courriers, faire des photocopies des leurs et les leur renvoyer ("mettez-vous d'accord !").
En revanche, je n'ai toujours pas reçu ma nouvelle carte vitale ni mon attestation de couverture, donc pour prouver à l'administration que je suis réellement couverte (hé, je bosse ici, vous savez donc que je cotise, et vous avez des copies de mes attestations précédentes ! - "Ah oui mais madame, c'est à la DRH, nous ici c'est les admissions et les services financiers, c'est sé-pa-ré !"). Et les premières fois, au guichet d'enregistrement, on ne m'a pas demandé ma mutuelle, donc je n'ai plus apporté ma carte avec moi... et ensuite il a fallu que je la présente. Oups.
Avec tout ça, j'ai connu quelques moments de solitude à la caisse centrale de l'hôpital en allant me faire enregistrer pour passer mes radios ou pour retirer mes médicaments à la pharmacie hospitalière.
La délivrance des médicaments à la pharmacie des patients externes est aussi une grande aventure. "Ah, mais vous travaillez ici, le prix sera déduit de votre feuille de paie en avantages en nature !" - Et la sécu me remboursera ça comment ? - "La sécu a déjà payé ces médicaments à l'hôpital, rien d'autre à rembourser ensuite". OK, donc c'est l'arnaque : je suis imposable sur le prix des médicaments... Et d'abord, comment ils ont su que je bossais ici, eux je ne les côtoie jamais ???
Bon, c'est bien joli les "pas de privilèges" mais ça suffit les bêtises, à la base c'est quand même un accident de travail qui ne sera jamais reconnu comme tel alors flûte ! J'avoue, quand la rhumato a changé mon traitement après ça, je suis allée piocher directement dans le placard de ma salle de soins. Ca peut avoir l'air un peu choquant vu de loin, mais le prix des médicaments à l'hôpital est ridicule par rapport au prix en ville, et en plus j'économise le prix des consultations. L'un dans l'autre, la sécu y gagne : qu'on ne vienne pas me reprocher de ne pas suivre les voies habituelles, ça passerait assez mal.
Le petit tour en radio a été plutôt divertissant mais déprimant.
Secrétaire ruminant son hollywood fraise et aimable comme une porte de prison.
Dans la salle d'attente, tout le monde était franchement bancal - je veux dire par là, plus que ce que j'imaginais pour les patients externes ; même nos pensionnaires ont l'air plus d'aplomb, souvent. Au moins, raide comme un piquet, je me fondais dans le décor.
Debout près du guichet, une aide-soignante parlait bien fort avec une collègue en civil. "Mr Machin s'est suicidé dans sa chambre chez nous, siiii, il s'est pendu à sa télé avec son drap de lit !". Bravo le secret médical. Et bravo la délicatesse, devant tout ce public... Ca n'est pas parce qu'on est habitué à ça que tous les civils qui passent ont envie d'entendre ce genre de récit, surtout les détails.
J'ai été accueillie pour la radio par une manip que je ne connais pas, une petite jeune très sympa - j'ai failli la féliciter à la fin pour sa gentillesse et sa douceur (pas facile de mettre quelqu'un de douloureux dans une bonne position pour le cliché). Je le ferai quand je repasserai en blouse dans le service de radio.
Arrivée dans la salle, surpriiiise : le 2e manip qui encadre la jeune est en grande discussion avec un médecin... et je les connais très bien tous les deux. Ils ont eu le bon goût et la délicatesse, en me reconnaissant et en me voyant en tenue un peu légère, de me faire signe "t'en fais pas, on sort, on vous laisse". OK rien d'indécent, j'avais prévu mon coup et mis des vêtements sans métal pour pouvoir en garder un minimum pendant les clichés - ouf.
Retour en salle d'attente (j'ai réussi à me rhabiller toute seule, yeeha !), passage d'un interne de radio avec son chef qui me demandent ce que je fais là - d'après vous ?
Récupération des clichés, au revoir tout le monde. Avant de les déposer au secrétariat de la rhumato comme elle me l'avait demandé, je suis remontée dans mon service les regarder un peu moi-même sur notre négatoscope. Woups. Rien qui m'agresse la rétine sur les clichés d'épaule, en revanche le rachis cervical est bien moche. Avec une double angulation et des segments bien rectilignes entre deux, quelques jolis décalages entre les corps vertébraux... le tout en cyphose (!)... euh...??? J'ai remis le collier cervical illico.
Et j'attends fébrilement des nouvelles de la rhumato...
Ce soir je devais m'incruster dans une sortie-pharmacie avec des co-internes... que je n'ai pas revus avant qu'ils partent à leur cours collectif de salsa. Raté. J'irai marcher un peu dans le quartier demain, pour me trouver de quoi refaire mes stocks d'antalgiques, cortico et myorelaxants. Un peu marre quand même de me servir dans le placard du service... (suis trop honnête, ça me perdra).
Encore quelques longues minutes d'explications en perspective ("non je n'ai ni carte vitale ni attestation de sécu mais je vous assure que je suis prise en charge !").
Et pour l'instant dodo, parce que mine de rien, se faire tordre dans tous les sens pour les radios puis courir à tous les étages régler la paperasse (pendant 2h, quand même...) ça a réveillé les douleurs et ça m'a épuisée.
Je suis en train de devenir une chochotte.
Nous v'là bien.
(ça sent la prolongation d'arrêt, tout ça...)
samedi 20 février 2010
Gonflé !
Par Mimi le samedi 20 février 2010, 17:20 - Les aventures de Mimi
Alors que je mangeais un petit goûter dans la salle à manger de l'internat, et que je prenais un peu le soleil à travers la fenêtre (ouiiii ! il y a eu un peu de soleil !), j'ai vu arriver un homme en voiture.
Il s'est garé près de l'internat, a ouvert la porte arrière de sa voiture, a laissé sortir son chien. Le chien s'est promené, a fait des pipis cacas un peu partout, pendant que le maître fumait un cigarette. Le maître l'a remis dans la voiture, a redémarré, et est ressorti de l'hôpital.
On aura tout vu.
Incroyable. Il y a donc des gens qui sont capables de venir à l'hôpital rien que pour faire pisser leur chien dans la cour.
vendredi 19 février 2010
Bonjour "Docteur" !
Par Mimi le vendredi 19 février 2010, 23:45 - Mimi à l'hôpital
Je me présente toujours aux patients et à leurs familles de la même façon : je dis mon nom, et j'explique que je suis interne "je suis un des médecins du service, mais je n'ai pas le grade de "docteur". "
Tous les jours, on entend des malades nous demander, quand on sort de la chambre : "Mais je le verrai quand, le médecin ?" - "je suis le médecin." - "non mais je veux dire, le vrai". Grrrgngngn.
Oui, je suis un vrai médecin. Un petit, mais un vrai.
A quoi ça sert de se présenter bien comme il faut ???
Les vieux clichés ont la peau dure ; une fille c'est forcément infirmière ou secrétaire, mais pas médecin et encore moins chirurgien. Comme si on n'était pas capable de soigner, de prendre des décisions. Comme si on n'avait aucun courage ou aucune compétence parce qu'on n'a pas de c*******.
Et puis parfois, à force de ramer, on a de bonnes surprises.
Je m'occupe en ce moment d'une malade entrée pour un motif tout bancal. Je lui ai trouvé un crabe dans le ventre, un méchant, un qui prend toute la place, un déjà bien trop étalé pour qu'on puisse le déloger. On sait maintenant que cette patiente relève d'une autre spécialité que celle de mon service - mais on héberge déjà les malades de cette spécialité, alors on la garde chez nous en attendant qu'on décide en réunion pluridisciplinaire de ce qu'on fera d'elle.
Je suis passée la voir plusieurs fois par jour, je l'ai examinée, je lui ai expliqué quels examens on lui faisait et pourquoi. Je lui ai donné les résultats avec des mots qu'elle pourrait comprendre. Je lui ai parlé, je l'ai fait parler. J'ai pris le temps d'attendre avec elle. J'ai préparé le terrain, parce que je ne savais pas encore précisément ce que j'aurais à lui annoncer mais je savais que ce serait mauvais.
Les premiers jours, après mon passage, la dame réclamait en cachette aux infirmières de "voir un vrai médecin", parce que "la petite elle est mignonne mais...".
Sauf que le senior se contentait d'un "rien de nouveau depuis hier ? ok, c'est bon" depuis le pas de la porte à la visite du matin. Ca n'est pas pour lui, les merdouilles du quotidien, les flots de larmes à éponger, les questions à affronter, la corvée de l'annonce à se farcir - ça, c'est pour l'interne.
Quand on a enfin trouvé ce qu'elle avait, il n'a même plus voulu la voir - "C'est pas ma spécialité et y'a rien à opérer" (c'est grâce à lui que je sais maintenant pourquoi les chirurgiens ont une mauvaise image...). Le spécialiste concerné n'a pas pris la malade en charge au début et n'aura rien à faire pour elle puisqu'elle va directement passer entre les mains des oncologues, donc il ne s'en occupera pas non plus, même s'il m'a un peu aidée sur quelques points précis.
GentilChef est passé par là, il ne la connaît pas mais m'a demandé si je voulais qu'il fasse l'annonce à ma place. On savait bien qu'il valait mieux que ce soit moi puiqu'elle me connaît, il avait l'air soulagé que je décline son offre et je le comprends. Je l'ai béni intérieurement de me proposer son aide, mais j'ai continué comme une grande.
L'aiguille dans le ventre. La décision de chambre implantable avant même la RCP. Les explications à la dame. Le rendez-vous avec la famille pour confirmer ce qu'ils commencaient à comprendre sans vouloir y croire. Tout ça, c'était moi.
Oui, c'est vrai, c'est une tumeur. Oui, ça risque fort d'être malin même si on n'a pas de preuve. Oui, c'est très grave. Oui, c'est trop tard pour la chirurgie. Oui, elle est trop fragile pour la chimio. Mais oui aussi, on peut faire des choses pour elle.
Oui, si elle a besoin d'antidouleurs je lui prescrirai. Oui, on va lui donner des choses spéciales à manger pour lui rendre des forces. Oui, si toute cette eau dans le ventre la gêne je lui en enlèverai encore. Oui, si vous avez d'autres questions je reviendrai. Oui, on reste avec vous.
C'est seulement mon job, je n'ai rien fait d'extraordinaire. Mais il n'empêche que c'est difficile. On a beau être là pour ça, on n'est jamais vraiment prêt. C'était ma première annonce toute seule. Plouf, lâchée dans le grand bain. Nage, maintenant.
Alors même pas de fausse modestie ou de demi-honte.
Je suis "la petite", je ne suis même pas encore docteur. Rien qu'un mini-médecin pas fini. Mais je suis la seule à avoir affronté cette malade et sa famille, je suis la seule à avoir eu le courage de dire ce que personne ne voudrait avoir à annoncer.
Pour la malade et sa famille, cette hospitalisation sera l'évènement de la décennie, ou même de leur vie. Alors oui, j'ai un peu bousculé l'organisation de tout le monde pour prendre mon temps avec eux. J'ai aussi allègrement plombé mon emploi du temps et fait imploser le compteur d'heures passées en trop au boulot.
C'est vrai, j'en ai bavé des ronds de chapeau, j'ai vidé mes surrénales plusieurs fois et j'ai spasmé toutes mes coronaires. Mais maintenant, celle qu'ils appellent "docteur" haut et fort dans le couloir, à qui ils font confiance parce qu'elle a été honnête, et à qui ils serrent la main très fort en disant 15 mercis à la minute alors qu'elle leur a annoncé des choses dramatiques, c'est moi. "La petite", celle qui n'a pas encore tous ses diplômes et qui n'a pas des années d'expérience derrière elle.
J'ai gagné quelques galons, auprès de cette famille et auprès de l'équipe.
Et surtout, je suis fière d'avoir contribué à ce que cet épisode se passe "le moins mal possible".
Ca en valait la peine.
Bon, et maintenant j'aimerais bien dormir, parce qu'avec les caisses de codéhineuh et de myo-là-ce-temps que j'ingurgite, je devrais un peu piquer du nez, non ?? Et avoir moins mal, aussi... Elle va être longue, ma semaine d'arrêt...
mercredi 17 février 2010
Poisse²
Par Mimi le mercredi 17 février 2010, 20:45 - Mimi-la-loose !!
Note pour la prochaine tendinite : il faut attendre que ça ait complètement disparu avant de forcer, pas faire la maligne dès que ça va un peu mieux même si pour une aorte en pleine nuit ça valait le coup, c'est officiel je suis faite pour la vasculaire.
Et bien porter le coude au corps toute la journée au lieu de l'enlever pour faire plein de ponctions et de machins.
Et arrêter un peu de courir au moins une fois toutes les 12h, aussi, entre lesdits ponctions et machins.
Sinon, ça finit en NCB au fond du lit.
Avant un des rares week-ends de sortie.
La poisse.
dimanche 7 février 2010
Melting pot
Par Mimi le dimanche 7 février 2010, 01:20 - Mimi-la-loose !!
Il y a une semaine, une ASH bien inspirée a profité de ce que j'étais coincée au bloc à l'heure du ménage pour prendre mes crocs dans le vestiaire.
Première surprise à la sortie de la salle d'opération : je n'ai plus de chaussures pour repartir... (bon bah on va piquer une paire de sabots de bloc pour remplacer !)
Deuxième surprise quelques jours plus tard : réapparition des crocs après un petit tour dans l'autoclave... Direction la poubelle. Grrr... Je n'ai plus de chaussures de boulot / de détente pour l'internat.
Et impossible de trouver une paire de chaussons dans les magasins par ici (?!). Sympa, la petite envie de pipi à 3h du matin qui oblige à remettre les baskets à lacets pour sortir de la chambre...
Le gentil chef a voulu me faire commencer à bricoler un peu sur une des opérations courantes que l'on fait. Sauf qu'après quelques minutes où j'avais les instruments dans les mains, coup de téléphone au bloc : un de ses enfants est malade et il doit aller le voir rapidement. "Euh, en fait je reprends la main, pour qu'on avance un peu plus vite, là...". Ca sera pour la prochaine fois.
Ca me rappelle un chirurgien vasculaire qui me racontait qu'un jour on l'a appelé au bloc pour lui dire qu'un de ses enfants venait de passer sous une voiture. Il venait de clamper une aorte et de faire l'aortotomie, et il n'avait aucun collègue sur l'hôpital ce jour-là pour prendre la suite - il a bien fallu qu'il finisse.
J'ai refait une énième sacro-iliite, heureusement cette fois-ci ça n'a duré qu'une semaine.
Pas de chance, après quelques jours de repos j'ai rattaqué hier avec une coelio un peu longue, avec un chef qui aime mettre ses aides dans un inconfort maximal. Paf, réapparition aujourd'hui de la tendinite d'épaule qui n'avait pas fait parler d'elle depuis 3 mois.
Je devrais acheter des actions du labo qui commercialise mon AINS habituel et l'IPP qui va avec.
(NB : marre des gens qui me disent de voir si je ne suis pas HLA B27 ; si c'est oui ça ne prouvera rien, si c'est non ça n'éliminera rien. Donc à la prochaine crise, je passe plutôt des radios...)
Ca faisait longtemps que je n'avais pas fait d'expédition dans les magasins de vêtements et chaussures. J'ai testé aujourd'hui. Conclusion : rien n'a changé, c'est toujours aussi difficile de trouver son bonheur quand on ne fait pas une taille normale. Sans compter qu'en fin de soldes, tous les rayons sont à demi-vides.
En plus la balade a suffi à réveiller ma tendinite, après la coelio désastreuse d'hier. Quand bien même j'aurais trouvé des choses sympathiques, j'aurais eu bien du mal à les essayer et à porter les paquets. J'ai donc écourté la promenade - sauf que c'était dans la ville voisine, et qu'il a fallu attendre le train du retour dans un hall de gare glacial pendant 2h, ça n'a rien arrangé.
Je retenterai ma chance quand les choses se seront calmées ; en attendant, je continuerai à porter des pyjamas de bloc quand tous les pantalons de mon maigre stock sont soit au sale (un lave-linge pour 40 c'est un peu juste - à part la nuit, dur dur de trouver des moments où il est disponible) soit en train de sécher (dans un bâtiment qui prend l'air de partout, vu l'humidité du temps actuel, on n'avance pas très vite).
J'irais bien me coucher mais j'ai encore mal à l'épaule. J'ai acheté ce soir des oreillers au supermarché du coin, pour me caler dans le lit. Contrairement à ma stratégie habituelle, je n'attendrai pas quelques jours de voir si ça passe : d'emblée, j'ai trop de mal à tenir mon bras tout seul et je le porte déjà en écharpe. J'ai repris les AINS sans tarder.
Rencontre surréaliste avec un chef un peu dans la lune, en sortant des courses, le caddie plein d'oreillers (regard perplexe dudit chef sur le contenu) :
- "Ah tiens t'es là, bonnes vacances !
- Euh merci, mais... Monsieur ?
- Oui ?
- C'est vous qui êtes en vacances.
Globalement ça se confirme : ce semestre va être celui de toutes les looses. Heureusement qu'on trouve du palliatif à toute cette sinistrose.
Les anniversaires des anciens de PériphLand (mon premier semestre... c'est loin tout ça...) ont été fêtés cette année comme l'an dernier, en tir groupé. Ca a donné lieu à des retrouvailles très joyeuses (et à une belle cuite pour certains). Le retour à la réalité a été difficile ensuite - j'avais oublié qu'on pouvait autant s'amuser. Et j'avais oublié comme on s'entendait bien.
Hier soir, devant le grand nombre inhabituel d'internes restant pour le début du week-end, ma co-interne actuelle nous a préparé un super dîner, et on s'est fait un genre d'amélioré en petit comité. Excellente idée (et excellente recette). Miam, chouette.
vendredi 29 janvier 2010
En sursis
Par Mimi le vendredi 29 janvier 2010, 01:45 - Mimi-la-loose !!
J'hésite à arrêter de venir raconter mes petites aventures (relatives). J'ai de moins en moins de choses à raconter (ou plutôt, c'est toujours pareil), et de moins en moins de temps pour le faire. L'intérêt devient franchement restreint.
D'un autre côté, je m'amuse bien ici, et j'aime bien l'idée de contribuer à faire découvrir l'envers du décor aux gens du "monde extérieur" que cela intéresse ; alors pourquoi y renoncer ?
En tout cas, le mois de janvier continue sur sa lancée de difficultés en tous genres.
Vivement que ça s'arrête...
Un patient (très) agité a failli étrangler une infirmière et nous coller le pain du siècle à ma co-interne et à moi. Finalement, il a juste fallu renouveler le mobilier de la chambre et la vaisselle (fracassés en miettes) et boucher quelques trous dans les murs. Curieusement, sur le moment je n'ai pas du tout eu peur pour moi. J'ai eu peur pour ma co-interne qui était à portée de gnon de notre agité et qui fait 40kg toute mouillée, pour l'infirmière du même gabarit, et pour le gentil chef qui est venu nous tirer d'affaire - alors qu'il ne connaissait même pas le malade. Je me souviens avoir pensé, quand le chef nous a sorties de la chambre et a demandé à rester seul avec le malade : "moi c'est pas grave, mais lui, quel con, il va se faire massacrer, il a des petits gamins et il va rentrer chez lui en miettes ce soir, comme si son boulot ne le leur volait pas assez comme ça". On a de ces idées, parfois, au milieu de tels moments... On se demande d'où ça nous vient.
Ca n'était pas du courage ou de l'abnégation, de mon côté. Juste de l'inconscience, je crois.
Le soir, en rentrant, j'ai réalisé qu'on avait frôlé la catastrophe. J'ai flippé 48h... et puis la vie continue. Jusqu'ici, les agressions physiques n'ont jamais donné chez lieu chez moi à autre chose que des blessures légères ou des grosses trouilles. Qui sont déjà en trop, certes, mais ça fait partie du jeu.
Et encore, j'ai la chance de ne pas bosser très souvent aux urgences, où le personnel est quand même bien plus exposé.
Une journée de bloc reprise à une collègue pour la dépanner, a été une des pires séances de torture depuis le début du semestre. Merci les malades trop obèses ou trop maigres, merci le chef méchant, merci les panseuses assorties au chef...
La collègue a fait une bonne affaire ce jour-là ; moi un peu moins...
Chef#1 a réalisé une intervention qu'il fait rarement, et j'aurais aimé aller assister à l'opération. Je m'étais préparée : j'avais posé des questions au chef, il m'avait expliqué sa technique et donné les grandes étapes de l'opération pour que je puisse anticiper, j'avais épluché des livres d'anatomie, des cours de techniques chirurgicales etc. Finalement, j'ai été coincée dans le service, où les infirmières avaient été mises HS par Chef#2 et où il y avait besoin de renforts pour faire un peu avancer les choses. J'étais furieuse. Confirmer toutes mes prescriptions de laxatifs et téléphoner à diverses compagnies d'ambulances pour organiser les mouvements des patients, au lieu d'aller au bloc voir une opération très intéressante et apprendre mon métier de chirurgien. Un cauchemar.
Chef#1 nous encourage en disant qu'il n'est pas inutile d'apprendre à gérer des situations désagréables en restant zen, d'apprendre à surmonter sa frustration. Il nous dit que tout ce que l'on endure contribue à faire de nous de bons chirurgiens parce que l'on saura résister à la pression et réagir plus par raison que par passion. Il a raison. Mais en attendant, j'ai manqué sa super opération et je ne décolère pas.
Un soir de cafard, où j'avais envie de m'habiller en civil avec des vêtements que j'aime bien pour me mettre dans une ambiance "cocooning", j'ai découvert qu'il y a des mites à l'internat. Mon seul cachemire, mon auto-cadeau adoré, mon petit pull noir indémodable : crac, plein de trous.
Autant pour la soirée cocooning, et pour le réconfort après toutes ces mésaventures.
Je reçois des tonnes de lettres de l'administration, pour me faire payer de ma poche la consultation obligatoire aux urgences et les bilans sanguins du jour où le méchant chef m'a piquée pendant qu'on opérait un patient toxico. Impossible de mettre la main sur les textes de lois qui expliquent que les frais engendrés par un accident de travail ne sont pas à la charge de la victime... Dommage, je comptais leur envoyer à la place du chèque qu'ils me réclament. Je vais tristement céder à leur requête détestable dans les jours qui viennent, pour être tranquille et faute de temps pour préparer ma défense correctement dans cet affrontement que j'aurais légitimement dû gagner. On donne déjà nos jeunes années et notre santé à nos hôpitaux, maintenant il faut aussi qu'on leur rende l'argent qu'ils nous distribuent bien chichement pour nos bons et loyaux services. Grrrgngngn.
J'ai cherché, dans la ville et aux alentours, un magasin d'instruments de musique pour louer un petit clavier jusqu'à la fin du semestre, histoire de ne pas trop perdre la main et de me faire un peu plaisir. Annuaire désespérément muet ; je suis donc allée chercher des adresses à l'office de tourisme, où la dame à l'accueil m'a regardée avec des yeux ronds : "ah mais madame, le dernier magasin de musique a fermé il y a 2 ans !". Snif.
Lueur d'espoir : le gentil chef, lui-même musicien, m'a donné quelques adresses de bons magasins situés à environ une heure d'ici. Dès que j'aurai assez de temps pour faire le voyage (...) j'irai y faire un tour. Il va être temps que je me remette sérieusement à la musique.
Je me disais qu'en attendant, je pourrais au moins refaire un peu de gym pour me préparer à reprendre l'aviron au printemps.
Même pas eu le temps - quelques blocs un peu physiques plus tard, paf, ma copine la sacro-iliite était de retour. Ca dure depuis quelques jours maintenant. J'ai le port altier d'une princesse qui aurait un balai dans le derrière, j'ai souvent le sourire bancal et l'attention défectueuse quand les gens me racontent leurs petites misères, les heures de bloc comptent double, parfois même je dois demander à m'assoir pendant les opérations (la honte suprême). Je force un peu plus sur la ceinture scapulaire - et c'est trop bête, je sens que ma tendinite d'épaule n'est pas loin de refaire surface à son tour (marre des coelioscopies !). Tout ça avec une toux qui n'arrange rien - l'air sec du bloc m'a collé une belle sinusite, et les changements de température (c'est quoi cette météo ??) m'ont valu une trachéite discrète mais persistante. Youpi.
Faire des efforts et serrer un peu les dents, c'est faisable (la preuve : même moi j'y arrive). Mais par contraste, je supporte de moins en moins de voir le laisser-aller chez certaines personnes.
Un jeune hospitalisé pour des douleurs, qui nous pleurniche dans les jupes à la visite avec le sénior "ouhlàlà j'ai mal docteur" mais qui se redresse net dans son lit sans effort ni grimace quand on lui tend son téléphone tombé par terre, et que l'on croise à l'entrée de l'hôpital en grande conversation avec ses visiteurs, tous cigarette à la main et sourire aux lèvres.
La petite mamie certes très mignonne, mais qui nous soule avec ses "je ne marche pas bien, il faut que j'aille en convalescence", et qui me double dans les couloirs parce qu'elle est bien plus mobile que moi avec mon popotin enflammé...
La brave hystérique de service qui a dû rater le repas de midi pour pouvoir avoir un examen quelques heures plus tard, et qui nous engueule pour ce jeûne insupportable à la contre-visite de 19h, alors que je n'ai moi-même rien avalé depuis la veille au soir, et que je n'ai même pas fait un petit pipi de la journée.
L'épouse modèle qui nous reproche d'avoir pris quelques heures de retard sur le programme opératoire, parce que quand même c'est une opération de routine ça docteur - et qui ose nous balancer ça à la tronche quand on fait un détour exprès pour lui donner des nouvelles de son mari encore en salle de réveil, alors qu'à 20h on a mieux à faire. Pardon, on vient d'éviter à ton jules gras comme une loche une balafre de plus de 30 cm et les complications possiblement mortelles qui vont avec. Et on ressort sans rien dire pour éviter le clash, le chirurgien cerné jusqu'aux joues et qui vient de prendre 10 ans sur cette opération difficile, et moi qui boîte plus que les patients d'ortho ou de rhumato mais qui n'ai pas flanché en 5h d'intervention dans des postures délirantes et avec un tablier de plomb sur le dos. Et on va continuer notre journée.
Avec ce que j'ai, si je faisais un métier normal je serais en arrêt maladie pour 15 jours, on m'aurait dit de me reposer et on ferait passer chez moi une infirmière tous les jours pour une petite piqûre anti-phlébite, je prendrais mes anti-inflammatoires sans problème puisque je mangerais à des heures normales, je guérirais vite et je ne craindrais pas les rechutes, je ne culpabiliserais pas de faire ma chochotte.
Et puis, je n'aurais pas trouvé normal de voir mon bulletin de salaire me confirmer qu'en décembre, j'ai bossé pour 5,50 euros de l'heure - moyenne faite avec le tarif nuit / férié - le jour c'est moins.
Tous les dieux du panthéon se sont ligués et s'acharnent contre moi, je ne vois pas d'autre explication.
samedi 23 janvier 2010
De retour
Par Mimi le samedi 23 janvier 2010, 17:30 - Les blablas de Mimi
Non non, je n'ai pas été dévorée par une faille dans l'espace-temps, malgré mes voyages marqués par des envies de ne pas écouter Tomtom (emprunté, je ne suis pas encore prête à en adopter un) et le changement d'année qui a fait bugger mon ordinateur et mon téléphone (on m'avait prédit l'apocalypse il y a 10 ans, je commençais à ne plus y croire).
Les retours de vacances sont toujours un peu chaotiques chez moi. Là je suis rentrée depuis environ 15 jours, et je ne m'y suis toujours pas faite. Il faut dire que le contraste est violent. D'un côté, vacances : sommeil à volonté ; calme et silence ; cuisine maison ; retrouvailles avec des cousins, amis, collègues ; balades au grand air et voyages à travers toute la moitié nord de la France. De l'autre côté, retour en enfer : fenêtre à fermeture variable (mais jamais étanche) ; WC qui fuient et eau froide dans la baignoire ; surtensions et ampoules qui grillent toutes en même temps ; odeur de cigarette permanente même dans ma chambre ; pimpons, cris et claqueries de portes qui résonnent à toute heure du jour et de la nuit ; barquettes micro-ondables d'endives bouillies au menu ; travail pénible avec des gens pas toujours corrects et emploi du temps étonnamment défavorable.
Certes, il y a ici des gens que je suis ravie d'avoir rencontrés, et qui font supporter ce quotidien de galère. Malheureusement ça ne suffit pas.
Ma phrase fétiche en ce moment : "allez, plus que 3 mois à tenir".
Je continue à aménager ma chambrette. Contrairement à la grande majorité de mes collègues, je n'ai pas de logement ailleurs. C'est ici, chez moi. Donc j'aimerais rendre cet endroit agréable, et surtout j'aimerais qu'on m'y laisse tranquille, ce que bien peu comprennent. Et techniquement, dans des locaux pareils, dur dur de rester au calme. L'exaspération augmente dans les deux sens : certains croient que je les snobe, et de mon côté je me sens de plus en plus agressée par le trop-plein de vie à l'internat qui déborde jusque dans mon repaire.
"Plus que 3 mois".
Me voici démasquée (coucou Marianne) ; je m'étais dit depuis le début que quand ce petit blog aurait été découvert par des gens qui n'étaient pas censés en connaître l'existence, je le fermerais.
En plus j'ai eu la confirmation que même si j'ai effacé tout ce qui peut faire identifier l'endroit où je suis pour de nouveaux visiteurs, les anciens s'en souviennent très bien. Décidément, je ne peux me cacher nulle part !
Je réfléchis encore à ce que je vais faire.
Deux petites images de mes vacances :
Une photo prise du train, dans l'Est de la France enneigé début janvier. Pendant des heures j'ai vu des rivières et des étangs complètement pris dans la glace. Je n'ai plus l'habitude de ce genre de paysages. Mais j'adore.
Et puis, le petit chien d'une amie qui avait décrété que mes genoux étaient un endroit formidable pour faire la sieste, et qui m'a donc servi de bouillotte pendant que je lisais en jetant de temps à autre un coup d'oeil par la fenêtre pour voir tomber la neige... ou voler les cigognes... (devinez où j'étais).
De bien jolies vacances.


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