Il y a une semaine, une ASH bien inspirée a profité de ce que j'étais coincée au bloc à l'heure du ménage pour prendre mes crocs dans le vestiaire.
Première surprise à la sortie de la salle d'opération : je n'ai plus de chaussures pour repartir... (bon bah on va piquer une paire de sabots de bloc pour remplacer !)
Deuxième surprise quelques jours plus tard : réapparition des crocs après un petit tour dans l'autoclave... Direction la poubelle. Grrr... Je n'ai plus de chaussures de boulot / de détente pour l'internat.
Et impossible de trouver une paire de chaussons dans les magasins par ici (?!). Sympa, la petite envie de pipi à 3h du matin qui oblige à remettre les baskets à lacets pour sortir de la chambre...
Le gentil chef a voulu me faire commencer à bricoler un peu sur une des opérations courantes que l'on fait. Sauf qu'après quelques minutes où j'avais les instruments dans les mains, coup de téléphone au bloc : un de ses enfants est malade et il doit aller le voir rapidement. "Euh, en fait je reprends la main, pour qu'on avance un peu plus vite, là...". Ca sera pour la prochaine fois.
Ca me rappelle un chirurgien vasculaire qui me racontait qu'un jour on l'a appelé au bloc pour lui dire qu'un de ses enfants venait de passer sous une voiture. Il venait de clamper une aorte et de faire l'aortotomie, et il n'avait aucun collègue sur l'hôpital ce jour-là pour prendre la suite - il a bien fallu qu'il finisse.
J'ai refait une énième sacro-iliite, heureusement cette fois-ci ça n'a duré qu'une semaine.
Pas de chance, après quelques jours de repos j'ai rattaqué hier avec une coelio un peu longue, avec un chef qui aime mettre ses aides dans un inconfort maximal. Paf, réapparition aujourd'hui de la tendinite d'épaule qui n'avait pas fait parler d'elle depuis 3 mois.
Je devrais acheter des actions du labo qui commercialise mon AINS habituel et l'IPP qui va avec.
(NB : marre des gens qui me disent de voir si je ne suis pas HLA B27 ; si c'est oui ça ne prouvera rien, si c'est non ça n'éliminera rien. Donc à la prochaine crise, je passe plutôt des radios...)
Ca faisait longtemps que je n'avais pas fait d'expédition dans les magasins de vêtements et chaussures. J'ai testé aujourd'hui. Conclusion : rien n'a changé, c'est toujours aussi difficile de trouver son bonheur quand on ne fait pas une taille normale. Sans compter qu'en fin de soldes, tous les rayons sont à demi-vides.
En plus la balade a suffi à réveiller ma tendinite, après la coelio désastreuse d'hier. Quand bien même j'aurais trouvé des choses sympathiques, j'aurais eu bien du mal à les essayer et à porter les paquets. J'ai donc écourté la promenade - sauf que c'était dans la ville voisine, et qu'il a fallu attendre le train du retour dans un hall de gare glacial pendant 2h, ça n'a rien arrangé.
Je retenterai ma chance quand les choses se seront calmées ; en attendant, je continuerai à porter des pyjamas de bloc quand tous les pantalons de mon maigre stock sont soit au sale (un lave-linge pour 40 c'est un peu juste - à part la nuit, dur dur de trouver des moments où il est disponible) soit en train de sécher (dans un bâtiment qui prend l'air de partout, vu l'humidité du temps actuel, on n'avance pas très vite).
J'irais bien me coucher mais j'ai encore mal à l'épaule. J'ai acheté ce soir des oreillers au supermarché du coin, pour me caler dans le lit. Contrairement à ma stratégie habituelle, je n'attendrai pas quelques jours de voir si ça passe : d'emblée, j'ai trop de mal à tenir mon bras tout seul et je le porte déjà en écharpe. J'ai repris les AINS sans tarder.
Rencontre surréaliste avec un chef un peu dans la lune, en sortant des courses, le caddie plein d'oreillers (regard perplexe dudit chef sur le contenu) :
- "Ah tiens t'es là, bonnes vacances !
- Euh merci, mais... Monsieur ?
- Oui ?
- C'est vous qui êtes en vacances.
Globalement ça se confirme : ce semestre va être celui de toutes les looses. Heureusement qu'on trouve du palliatif à toute cette sinistrose.
Les anniversaires des anciens de PériphLand (mon premier semestre... c'est loin tout ça...) ont été fêtés cette année comme l'an dernier, en tir groupé. Ca a donné lieu à des retrouvailles très joyeuses (et à une belle cuite pour certains). Le retour à la réalité a été difficile ensuite - j'avais oublié qu'on pouvait autant s'amuser. Et j'avais oublié comme on s'entendait bien.
Hier soir, devant le grand nombre inhabituel d'internes restant pour le début du week-end, ma co-interne actuelle nous a préparé un super dîner, et on s'est fait un genre d'amélioré en petit comité. Excellente idée (et excellente recette). Miam, chouette.
dimanche 7 février 2010
Melting pot
Par Docteur Mimi le dimanche 7 février 2010, 01:20 - Mimi-la-loose !!
vendredi 29 janvier 2010
En sursis
Par Docteur Mimi le vendredi 29 janvier 2010, 01:45 - Mimi-la-loose !!
J'hésite à arrêter de venir raconter mes petites aventures (relatives). J'ai de moins en moins de choses à raconter (ou plutôt, c'est toujours pareil), et de moins en moins de temps pour le faire. L'intérêt devient franchement restreint.
D'un autre côté, je m'amuse bien ici, et j'aime bien l'idée de contribuer à faire découvrir l'envers du décor aux gens du "monde extérieur" que cela intéresse ; alors pourquoi y renoncer ?
En tout cas, le mois de janvier continue sur sa lancée de difficultés en tous genres.
Vivement que ça s'arrête...
Un patient (très) agité a failli étrangler une infirmière et nous coller le pain du siècle à ma co-interne et à moi. Finalement, il a juste fallu renouveler le mobilier de la chambre et la vaisselle (fracassés en miettes) et boucher quelques trous dans les murs. Curieusement, sur le moment je n'ai pas du tout eu peur pour moi. J'ai eu peur pour ma co-interne qui était à portée de gnon de notre agité et qui fait 40kg toute mouillée, pour l'infirmière du même gabarit, et pour le gentil chef qui est venu nous tirer d'affaire - alors qu'il ne connaissait même pas le malade. Je me souviens avoir pensé, quand le chef nous a sorties de la chambre et a demandé à rester seul avec le malade : "moi c'est pas grave, mais lui, quel con, il va se faire massacrer, il a des petits gamins et il va rentrer chez lui en miettes ce soir, comme si son boulot ne le leur volait pas assez comme ça". On a de ces idées, parfois, au milieu de tels moments... On se demande d'où ça nous vient.
Ca n'était pas du courage ou de l'abnégation, de mon côté. Juste de l'inconscience, je crois.
Le soir, en rentrant, j'ai réalisé qu'on avait frôlé la catastrophe. J'ai flippé 48h... et puis la vie continue. Jusqu'ici, les agressions physiques n'ont jamais donné chez lieu chez moi à autre chose que des blessures légères ou des grosses trouilles. Qui sont déjà en trop, certes, mais ça fait partie du jeu.
Et encore, j'ai la chance de ne pas bosser très souvent aux urgences, où le personnel est quand même bien plus exposé.
Une journée de bloc reprise à une collègue pour la dépanner, a été une des pires séances de torture depuis le début du semestre. Merci les malades trop obèses ou trop maigres, merci le chef méchant, merci les panseuses assorties au chef...
La collègue a fait une bonne affaire ce jour-là ; moi un peu moins...
Chef#1 a réalisé une intervention qu'il fait rarement, et j'aurais aimé aller assister à l'opération. Je m'étais préparée : j'avais posé des questions au chef, il m'avait expliqué sa technique et donné les grandes étapes de l'opération pour que je puisse anticiper, j'avais épluché des livres d'anatomie, des cours de techniques chirurgicales etc. Finalement, j'ai été coincée dans le service, où les infirmières avaient été mises HS par Chef#2 et où il y avait besoin de renforts pour faire un peu avancer les choses. J'étais furieuse. Confirmer toutes mes prescriptions de laxatifs et téléphoner à diverses compagnies d'ambulances pour organiser les mouvements des patients, au lieu d'aller au bloc voir une opération très intéressante et apprendre mon métier de chirurgien. Un cauchemar.
Chef#1 nous encourage en disant qu'il n'est pas inutile d'apprendre à gérer des situations désagréables en restant zen, d'apprendre à surmonter sa frustration. Il nous dit que tout ce que l'on endure contribue à faire de nous de bons chirurgiens parce que l'on saura résister à la pression et réagir plus par raison que par passion. Il a raison. Mais en attendant, j'ai manqué sa super opération et je ne décolère pas.
Un soir de cafard, où j'avais envie de m'habiller en civil avec des vêtements que j'aime bien pour me mettre dans une ambiance "cocooning", j'ai découvert qu'il y a des mites à l'internat. Mon seul cachemire, mon auto-cadeau adoré, mon petit pull noir indémodable : crac, plein de trous.
Autant pour la soirée cocooning, et pour le réconfort après toutes ces mésaventures.
Je reçois des tonnes de lettres de l'administration, pour me faire payer de ma poche la consultation obligatoire aux urgences et les bilans sanguins du jour où le méchant chef m'a piquée pendant qu'on opérait un patient toxico. Impossible de mettre la main sur les textes de lois qui expliquent que les frais engendrés par un accident de travail ne sont pas à la charge de la victime... Dommage, je comptais leur envoyer à la place du chèque qu'ils me réclament. Je vais tristement céder à leur requête détestable dans les jours qui viennent, pour être tranquille et faute de temps pour préparer ma défense correctement dans cet affrontement que j'aurais légitimement dû gagner. On donne déjà nos jeunes années et notre santé à nos hôpitaux, maintenant il faut aussi qu'on leur rende l'argent qu'ils nous distribuent bien chichement pour nos bons et loyaux services. Grrrgngngn.
J'ai cherché, dans la ville et aux alentours, un magasin d'instruments de musique pour louer un petit clavier jusqu'à la fin du semestre, histoire de ne pas trop perdre la main et de me faire un peu plaisir. Annuaire désespérément muet ; je suis donc allée chercher des adresses à l'office de tourisme, où la dame à l'accueil m'a regardée avec des yeux ronds : "ah mais madame, le dernier magasin de musique a fermé il y a 2 ans !". Snif.
Lueur d'espoir : le gentil chef, lui-même musicien, m'a donné quelques adresses de bons magasins situés à environ une heure d'ici. Dès que j'aurai assez de temps pour faire le voyage (...) j'irai y faire un tour. Il va être temps que je me remette sérieusement à la musique.
Je me disais qu'en attendant, je pourrais au moins refaire un peu de gym pour me préparer à reprendre l'aviron au printemps.
Même pas eu le temps - quelques blocs un peu physiques plus tard, paf, ma copine la sacro-iliite était de retour. Ca dure depuis quelques jours maintenant. J'ai le port altier d'une princesse qui aurait un balai dans le derrière, j'ai souvent le sourire bancal et l'attention défectueuse quand les gens me racontent leurs petites misères, les heures de bloc comptent double, parfois même je dois demander à m'assoir pendant les opérations (la honte suprême). Je force un peu plus sur la ceinture scapulaire - et c'est trop bête, je sens que ma tendinite d'épaule n'est pas loin de refaire surface à son tour (marre des coelioscopies !). Tout ça avec une toux qui n'arrange rien - l'air sec du bloc m'a collé une belle sinusite, et les changements de température (c'est quoi cette météo ??) m'ont valu une trachéite discrète mais persistante. Youpi.
Faire des efforts et serrer un peu les dents, c'est faisable (la preuve : même moi j'y arrive). Mais par contraste, je supporte de moins en moins de voir le laisser-aller chez certaines personnes.
Un jeune hospitalisé pour des douleurs, qui nous pleurniche dans les jupes à la visite avec le sénior "ouhlàlà j'ai mal docteur" mais qui se redresse net dans son lit sans effort ni grimace quand on lui tend son téléphone tombé par terre, et que l'on croise à l'entrée de l'hôpital en grande conversation avec ses visiteurs, tous cigarette à la main et sourire aux lèvres.
La petite mamie certes très mignonne, mais qui nous soule avec ses "je ne marche pas bien, il faut que j'aille en convalescence", et qui me double dans les couloirs parce qu'elle est bien plus mobile que moi avec mon popotin enflammé...
La brave hystérique de service qui a dû rater le repas de midi pour pouvoir avoir un examen quelques heures plus tard, et qui nous engueule pour ce jeûne insupportable à la contre-visite de 19h, alors que je n'ai moi-même rien avalé depuis la veille au soir, et que je n'ai même pas fait un petit pipi de la journée.
L'épouse modèle qui nous reproche d'avoir pris quelques heures de retard sur le programme opératoire, parce que quand même c'est une opération de routine ça docteur - et qui ose nous balancer ça à la tronche quand on fait un détour exprès pour lui donner des nouvelles de son mari encore en salle de réveil, alors qu'à 20h on a mieux à faire. Pardon, on vient d'éviter à ton jules gras comme une loche une balafre de plus de 30 cm et les complications possiblement mortelles qui vont avec. Et on ressort sans rien dire pour éviter le clash, le chirurgien cerné jusqu'aux joues et qui vient de prendre 10 ans sur cette opération difficile, et moi qui boîte plus que les patients d'ortho ou de rhumato mais qui n'ai pas flanché en 5h d'intervention dans des postures délirantes et avec un tablier de plomb sur le dos. Et on va continuer notre journée.
Avec ce que j'ai, si je faisais un métier normal je serais en arrêt maladie pour 15 jours, on m'aurait dit de me reposer et on ferait passer chez moi une infirmière tous les jours pour une petite piqûre anti-phlébite, je prendrais mes anti-inflammatoires sans problème puisque je mangerais à des heures normales, je guérirais vite et je ne craindrais pas les rechutes, je ne culpabiliserais pas de faire ma chochotte.
Et puis, je n'aurais pas trouvé normal de voir mon bulletin de salaire me confirmer qu'en décembre, j'ai bossé pour 5,50 euros de l'heure - moyenne faite avec le tarif nuit / férié - le jour c'est moins.
Tous les dieux du panthéon se sont ligués et s'acharnent contre moi, je ne vois pas d'autre explication.
samedi 23 janvier 2010
De retour
Par Docteur Mimi le samedi 23 janvier 2010, 17:30 - Les blablas de Mimi
Non non, je n'ai pas été dévorée par une faille dans l'espace-temps, malgré mes voyages marqués par des envies de ne pas écouter Tomtom (emprunté, je ne suis pas encore prête à en adopter un) et le changement d'année qui a fait bugger mon ordinateur et mon téléphone (on m'avait prédit l'apocalypse il y a 10 ans, je commençais à ne plus y croire).
Les retours de vacances sont toujours un peu chaotiques chez moi. Là je suis rentrée depuis environ 15 jours, et je ne m'y suis toujours pas faite. Il faut dire que le contraste est violent. D'un côté, vacances : sommeil à volonté ; calme et silence ; cuisine maison ; retrouvailles avec des cousins, amis, collègues ; balades au grand air et voyages à travers toute la moitié nord de la France. De l'autre côté, retour en enfer : fenêtre à fermeture variable (mais jamais étanche) ; WC qui fuient et eau froide dans la baignoire ; surtensions et ampoules qui grillent toutes en même temps ; odeur de cigarette permanente même dans ma chambre ; pimpons, cris et claqueries de portes qui résonnent à toute heure du jour et de la nuit ; barquettes micro-ondables d'endives bouillies au menu ; travail pénible avec des gens pas toujours corrects et emploi du temps étonnamment défavorable.
Certes, il y a ici des gens que je suis ravie d'avoir rencontrés, et qui font supporter ce quotidien de galère. Malheureusement ça ne suffit pas.
Ma phrase fétiche en ce moment : "allez, plus que 3 mois à tenir".
Je continue à aménager ma chambrette. Contrairement à la grande majorité de mes collègues, je n'ai pas de logement ailleurs. C'est ici, chez moi. Donc j'aimerais rendre cet endroit agréable, et surtout j'aimerais qu'on m'y laisse tranquille, ce que bien peu comprennent. Et techniquement, dans des locaux pareils, dur dur de rester au calme. L'exaspération augmente dans les deux sens : certains croient que je les snobe, et de mon côté je me sens de plus en plus agressée par le trop-plein de vie à l'internat qui déborde jusque dans mon repaire.
"Plus que 3 mois".
Me voici démasquée (coucou Marianne) ; je m'étais dit depuis le début que quand ce petit blog aurait été découvert par des gens qui n'étaient pas censés en connaître l'existence, je le fermerais.
En plus j'ai eu la confirmation que même si j'ai effacé tout ce qui peut faire identifier l'endroit où je suis pour de nouveaux visiteurs, les anciens s'en souviennent très bien. Décidément, je ne peux me cacher nulle part !
Je réfléchis encore à ce que je vais faire.
Deux petites images de mes vacances :
Une photo prise du train, dans l'Est de la France enneigé début janvier. Pendant des heures j'ai vu des rivières et des étangs complètement pris dans la glace. Je n'ai plus l'habitude de ce genre de paysages. Mais j'adore.
Et puis, le petit chien d'une amie qui avait décrété que mes genoux étaient un endroit formidable pour faire la sieste, et qui m'a donc servi de bouillotte pendant que je lisais en jetant de temps à autre un coup d'oeil par la fenêtre pour voir tomber la neige... ou voler les cigognes... (devinez où j'étais).
De bien jolies vacances.


lundi 28 décembre 2009
Aventureries de Nowel - suite et fin
Par Docteur Mimi le lundi 28 décembre 2009, 00:45 - Mimi à l'hôpital
Bon, en fait ce marathon de garde aura été tout sauf tranquille.
- 25/12 l'après-midi : encore du bloc, du bloc, du bloc. Toutes les mamies de la planète ont décidé de casser le fémur aujourd'hui. Tous les désespérés ont décidé de se trancher les veines aujourd'hui. Bouh.
- 25/12 le soir : enfin sortie du bloc. Dîner... et hop, appelée dans les étages. Détresse respi (allô la réa ?), hématémèse, acidocétose diabétique, oedème de Quincke, FA mal tolérée... Césariennes en urgence... C'est la fête à tous les étages, cette nuit !
- 26/12 vers 7h30 : enfin au dodo
- 26/12 vers 9h : retour au bloc. Epuisée. Un peu en retard - je suis pardonnée, je deviens fan des IBODE et du chirurgien.
- 26/12 le soir : enfin sortie du bloc. Dîner, une dernière petite opération, retour, dodo minuit.
- 27/12 le matin : lever aux aurores (yeah ! je n'ai pas été appelée pendant 7h d'affilée cette nuit !) pour retourner au bloc sur un gros chantier.
- 27/12 le midi : sortie du bloc ; je récupère le téléphone de garde prêté à ma collègue de pédiatrie pendant le bloc.
- 27/12 vers 16h : si j'allais manger ? Ah non, tiens, encore une détresse respi. Ah, et un bloc sinusal. Et une AC/FA rapide. On n'aura qu'à dire que je n'avais pas faim.
- 27/12 vers 19h : oooh mon tout premier arrêt ! Le malade l'a élégamment fait devant moi. Diagnostic et réa primaire instantanés. Smur sur place en une minute montre en main. Transfert en réa après quelques minutes. Même pas eu le temps d'avoir peur.
- 27/12 aussitôt après : encore un bloc (encoooore ?!). Un poil en retard à cause de cette réa. Le chirurgien (toujours le même...) s'en amuse ; ouf. Effectivement, même pas peur : de la chirurgie de la main, pas la moindre tremblotte à l'horizon. Si j'avais su qu'il suffisait de se prendre le même shoot d'adrénaline que le malade (endogène, la mienne !) pour retrouver la pêche... !!
- 27/12 minuit : un dernier petit appel. Retour dans la chambrette. Pause ordinateur pour prendre des nouvelles du monde. Valises et cartons en prévision du départ en vacances demain (si je dors, sinon je reporte d'une journée). Ensuite dodo... en espérant ne pas être rappelée toute la nuit...
A bientôt pour des nouvelles à mon retour de vacances ! Soyez sages !
(Et n'oubliez pas : si vous allez aux urgences ou à l'hôpital, avant de pester contre tout le personnel et de remuer ciel et terre parce qu'on vous a fait attendre 3h pour une entorse de cheville / parce que ça fait 2 jours que vous attendez les résultats d'analyse d'urines de tata Huguette, pensez que le médecin et les infirmiers sont peut-être déjà occupés ailleurs. A réanimer un malade, à annoncer une mauvaise nouvelle à une famille. C'est pour vous qu'ils ont choisi ces métiers de m****, ingrats et épuisants. Ne les agressez pas.)
vendredi 25 décembre 2009
Le Nowel Spirit vu de dedans
Par Docteur Mimi le vendredi 25 décembre 2009, 15:45 - Mimi à l'hôpital
Bon, la nuit a été agitée.
Non, non, pas de travail. Juste une tempête qui a arraché mes volets et ouvert ma fenêtre une dizaine de fois. De quoi s'occuper.
La matinée a démarré en fanfare. Au standard où je venais récupérer le téléphone de garde des services, j'ai croisé l'interne de pédiatrie. Qui n'était pas la personne prévue au départ - l'un a eu un problème de voiture, et tant qu'à être coincé ici, a repris la garde pour permettre à l'autre interne de rentrer chez elle fêter Noël en famille... Très classe.
Moins rigolo : il m'a annoncé qu'il partait voir 13 enfants (oui oui, 13 d'un coup) aux urgences pédiatriques. Je suis donc allée lui donner un coup de main, quand même... Nous avons donc vu toute cette marmaille, il s'agissait de réfugiés politiques ou de clandestins, qui avaient passé quelques nuits dehors donc les enfants toussaient tous. Personne ne parlait français, ni ne savait écrire ou compter. Facile, pour savoir qui était le père ou la mère de quel enfant, pour savoir les prénoms ou les âges. Sans identité, impossible de les enregistrer dans les ordinateurs. Nous avons donc fait des observations sur des feuilles blanches, avec juste le prénom de chaque enfant en phonétique... Après vérification, ils allaient tous bien, et seul un bébé méritait un petit traitement léger. Les puéricultrices ont déniché un gros plateau de biscuits, de papillottes en chocolat et de jus d'orange. Ca valait tout l'or du monde. Et même les parents louchaient sur ces petits goûters improvisés... Joyeux Noël.
Quelques interventions dans la matinée, d'autres programmées pour l'après-midi... et finalement les chirurgiens seniors auront pu déjeuner chez eux avec leurs familles. Les IBODE ont apparemment fait un festin dans la salle de repos du bloc opératoire. De bonne humeur, mais avec un peu d'amertume : le collègue qui devait prendre la garde demain à leur suite est arrivé aux urgences ce matin, il s'est cassé la jambe cette nuit... Ne voulant pas faire réquisitionner un collègue au dernier moment en cette période de Noël, ils ont décidé d'assurer eux-mêmes la garde de demain à sa place, en s'arrangeant pour avoir quand même un peu de temps libre chacun, pour voir leurs familles.
Avec l'interne qui devait faire la garde de pédiatrie, nous avions fait des stocks en prévision du week-end : biscuits apéritif, petits fours, saumon fumé, magret de canard, foie gras, tapenade, rillettes de poisson, sanglier au miel, légumes, jus de fruits divers, chocolats... Me retrouvant sans elle avec toutes ces victuailles sur les bras, j'ai invité son remplaçant (le malheureux interne qui a repris la garde au dernier moment) et le pédiatre à venir en profiter. Réputé froid voire méchant, le pédiatre s'est avéré charmant, en fait il a été touché par l'invitation et il avait apprécié que nous venions à deux ce matin pour voir les 13 enfants. Nous avons donc été invités à prendre le café dans son bureau (il a une vraie machine à expresso apparemment, et ses invitations sont rares !) et même à venir prendre un verre en pédiatrie ce soir ! Il est conquis, je crois.
Donc pour l'instant, tout va bien, la garde est calme.
Et surtout, tout le monde est de bonne humeur, on se dépanne les uns les autres, le planning est complètement désorganisé mais on s'en fiche. On fonctionne très bien comme ça, l'ambiance est bonne.
Yeah ! Pourvu que ça dure ! (et que l'équipe de garde demain soit aussi cool)
jeudi 24 décembre 2009
Nowel spirit et compagnie
Par Docteur Mimi le jeudi 24 décembre 2009, 21:05 - La cuisine de Mimi
Moi, mon réveillon de Noël, ce sera ça :
Une météo magnifique avec un soleil radieux, un home sweet home accueillant plein de gens souriants et joyeux, un menu de gala à s'en faire imploser l'estomac... Les livres de médecine et le téléphone de garde à portée de main... Un petit DVD pour faire passer le temps...
La vie à l'internat (et les gardes), c'est le pied.
Sur ces bonnes paroles, joyeux Noël à tous, moi je vais me coucher, le week-end d'astreinte et de garde a commencé il y a 3h et c'est déjà bien long, or il va encore falloir tenir jusqu'à lundi matin...
(Mais nom d'un petit bonhomme, pourquoi le frigo de garde est-il si vide ? Ils ont peur qu'on fasse une overdose de coquillettes ? Ou ils ont enfin compris qu'on ne mangera jamais leurs endives braisées et la vexation les a empêchés de proposer autre chose ? Parce que là, le menu de réveillon, c'est home-made, avec des ingrédients acheté avec mes petits sous hier... le contenu du frigo, à part les 5 bouteilles de mayonnaise et les 5 briochettes au boudin blanc en barquette, en haut, c'est des achats personnels des gens de garde...)
vendredi 18 décembre 2009
La soirée de toutes les looses...
Par Docteur Mimi le vendredi 18 décembre 2009, 01:00 - Mimi-la-loose !!
Sans grande surprise, ici aussi il neige.
Oui, parce qu'il paraît que c'est le cas dans toute la France. Mais comme je suis rentrée trop tard à l'internat pour voir la météo ou les infos, et que je n'ai écouté que la radio locale... En fait je n'en sais rien.
Ca fait déjà presque une semaine qu'il neige, qu'il gèle fort, que le temps se radoucit et qu'il re-neige etc. Jusqu'à cet après-midi où la neige a commencé à tomber sur un -3°C et le sol déjà glacé qui va avec. Résultat des courses : 5 cm de neige en 2 ou 3 heures. Tout le monde pris au dépourvu (alors que bon, ça nous pendait au nez depuis des jours !).
Là, je me cache dans ma chambre au milieu d'une soirée mémorable. De la bonne humeur, mais dans l'adversité !!
- Il y a une coupure d'eau sur tout l'hôpital ce soir et cette nuit pour cause de travaux. Avertis à temps, on a tous rempli nos baignoires et nos lavabos d'eau chaude pour pouvoir se laver, on a tous rempli des bouteilles pour avoir de quoi boire et se brosser les dents. Mais pour les chasses d'eau, on n'a rien pu faire...
- Pas de bol, ça tombe le jour de la soirée de Noël à l'internat. Pour résumer, "soirée internat" = beuverie et étalage secondaire des fluides corporels qui vont avec (youhou, amis de la poésie bonsoir). En ce moment même, la fête bat son plein à l'étage du dessous. Pour l'instant, on gère la crise : les estomacs tiennent bon, et les mecs vont faire pipi dehors (on leur a organisé un concours de dessins dans la neige).
- Je suis d'astreinte ce soir. Une collègue a donc pris le relais le temps que j'aille faire quelques courses (un bidon d'eau à boire en prévision de la coupure d'eau !!). J'ai bien failli ne pas revenir entière, merci la neige.
- Les infirmiers d'astreinte ce soir ont été obligés de rester à l'hôpital à l'improviste au lieu de rentrer chez eux. On les a donc accueillis à la soirée ; ça occupe. Parce qu'on n'aura probablement aucun bloc cette nuit : il s'avère que les chirurgiens seniors de garde habitent dans des coins proches mais un peu perdus quand même, donc non déneigés. Donc en cas de réelle urgence, il faudra que les voitures du SAMU viennent les chercher chez eux avec leurs voitures à chaînes...
- Ca m'arrange, parce qu'avec la neige, le réseau de téléphone est perturbé, et les portables ne fonctionnent pas. Il n'y a que les téléphones "intra-muros" qui résistent. Donc si je dois aller au bloc, je me demande comment on réussira à me joindre, vu que le seul téléphone qui fonctionne à l'intérieur de l'internat est situé près de la salle où mes camarades se dandinent sur une musique qui couvre largement la sonnerie. Les infirmiers cloîtrés ici savent que je ne peux pas être contactée par téléphone, je compte sur eux pour venir frapper à ma porte en cas de besoin - ils ont des téléphones de l'hôpital, donc eux seront joignables. Et si je dois être appelée, ils le seront avant moi. Fastoche.
- En revanche, il reste la maternité, où je peux être appelée n'importe quand pour une césarienne. J'ai réussi à appeler la salle d'accouchement, où une sage-femme m'a confirmé que tout était très calme pour l'instant.
- ma co-interne et Chef#1 sont en vacances, donc je suis seule avec Chef#2, qui a un programme opératoire de folie demain, on incise à 8h pile. Donc je dois être au bloc vers 7h45-50. Donc on fera la visite vers 7h30. Donc je dois faire la visite des malades de Chef#1 vers... 7h.
Y'en a une qui va être d'une fraîcheur de rose demain matin.
A part ça, la soirée se passe dans une ambiance assez surréaliste. On est coupé du monde (pas de téléphone, sorties en voiture très difficiles - mais on a internet, contrairement à tous ces jours normaux où ça rame, allez comprendre...). On héberge les infirmiers d'astreinte qui sont coincés. Et c'est la Soirée de Noël. Et il neige.
Nous venons d'assister à une magnifique bataille de boules de neige entre un Père Noël et deux Mères Noël déchaînés (et un peu bourrés).
On se croirait revenus à l'âge de 5 ans. On fait les fous, on est dans l'insouciance totale, on improvise.
(enfin, presque tous)

mardi 15 décembre 2009
De l'air !
Par Docteur Mimi le mardi 15 décembre 2009, 11:40 - Mimi à l'hôpital
J'ai beau être en chirurgie et porter un masque sur le nez tous les jours des heures durant, sans même m'en apercevoir tellement j'y suis habituée, j'avoue que la moitié de la nuit passée avec un FFP2 sur le nez, ça a été du sport. J'ai fini par sortir des salles de consultation tous les quarts d'heure pour pouvoir enlever le masque (les ignobles "becs de canard") et respirer un peu normalement, tellement c'était insupportable.
Et à force de côtoyer tous ces gosses qui toussent / qui crachent / qui pleurent et compagnie, et de me balader dehors en pyjama par -50°C la nuit, je me suis chopé une magnifique rhino-pharyngite, et ça commence à me descendre sur le larynx et la trachée.
Les 2 arguments principaux du référent local pro-vaksination étaient :
"comme ça vous n'aurez pas à porter de masque en voyant les malades aux urgences" : euh, oui mais...
et "ça vous évitera de transmettre des virus aux enfants en pédiatrie" : et eux ils se gênent pour nous filer leurs saletés de 'crobes ?
Gagné.
Je crois que ça s'appelle un carton plein.
Vive les gardes.
Vive la gris-peuh.
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