Depuis quelques semaines, les explorations de plaies profondes des membres s'enchainent.
Une excellente occasion pour moi de réviser l'anatomie. Et... y'a du boulot.
Alors, dans la loge thénar y'a, euh... un opposant, un abducteur, un fléchisseur... et le plus superficiel c'est... et la branche nerveuse qui passe devant, là, vient du nerf, euh...
Vu ma tendance à attirer les plaies en garde, je ne sors plus sans un mémo d'anatomie dans les poches. Ca aide.
Demain, double ostéosynthèse de calca.
"Tu vois, l'angle de Böhler est complètement aplati, le sustentaculum tali a pivoté, le rostrum n'est plus du tout où il faut, la surface talaire moyenne n'est plus au contact..."
Ok ok j'ai compris.
Soirée Kamina au programme.
(Bonus : "Chef, vous croyez que c'est dialysable le tramadol LP ?" - "Tu m'emm*****, chui orthopédiste hein, qu'est-ce que j'en sais ! T'as qu'à lui mettre de la glace où il a mal !".
Et pour info, c'était déjà fait.)
mardi 31 août 2010
Retour aux sources
Par Mimi le mardi 31 août 2010, 20:30 - Les études de Mimi
samedi 28 août 2010
Madame le docteur...
Par Mimi le samedi 28 août 2010, 09:15 - Mimi à l'hôpital
Lors d'un étonnant moment d'oisiveté, pendant une garde aux urgences de mon hôpital, mes zoeils ont été attirés par une affiche que je connais depuis des années, mais que je n'avais jamais vraiment regardée. Je viens de réaliser que sur le panneau, le médecin... est une femme.
On va y arriver !!
Anecdote spécial bonus :
Bravo à l'infirmière de mon service qui m'a dit un jour très candidement : "on t'aime bien, hein, mais on préfère quand même quand le médecin c'est un homme". OK, ça c'est dit.
mercredi 18 août 2010
Bobo !
Par Mimi le mercredi 18 août 2010, 21:15 - Mimi-la-loose !!
Dr Chef s'est bien moqué de moi la semaine dernière, parce que je me suis fait une plaie superficielle mais étendue sur un doigt, et le lendemain avant d'aller au bloc j'ai mis de l'EMLA dessus en prévision du contact avec le gel anti-crobes. "Pfff, chochotte !"
C'est lui qui fait moins le malin, maintenant que ça s'est transformé en trou fibrineux qui ne cicatrise qu'à la vitesse d'un luma au galop. Parce qu'aller au bloc avec une plaie de main, c'est la galère. Pas de pansement possible. Et lui qui met du matériel prothétique à ses malades, est moyennement rassuré de me voir m'habiller avec des mains pas nickel.
Et accessoirement, je dérouille à chaque lavage de mains. En garde aussi, ça vaut son pesant de cacahuètes, avec les 10 sutures par soirée, plus le reste.
(le grand axe ne fait plus que 2cm, on est sur la bonne voie, allez !)
Comme les looses arrivent par séries, j'ai aussi enchaîné pendant un week-end (ah ! Les joies de la garde de traumato qui se transforme en "astreinte" à minuit, comme ça on peut rebosser le lendemain sans souci...) des gardes quasi-apocalyptiques. Avec en point d'orgue une course de vélo où les cyclistes ont joué aux dominos dans un virage et hop, gros coup de bourre... au milieu duquel sont arrivés à 10 min d'intervalle deux enfants avec des fractures sévères qu'on a dû faire passer au bloc en urgence, mais qu'il a d'abord fallu techniquer et soulager, et un TC grave comateux avec un scanner franchement pas normal. Si on fermait les portes et éteignait la lumière dehors devant les urgences ?
Ma collègue qui bossait côté médecine n'a pas été en reste, avec des IMV sévères à gogo (ils s'étaient donné le mot ou quoi ?) et... des suspicions de méningite. Il s'avère qu'une grippe traîne dans le coin et donne des beaux syndromes méningés.
Heureusement que j'étais au courant, sans quoi j'aurais légèrement paniqué 24h plus tard, quand, à la fin d'une nuit passée à frissonner de fièvre j'ai été réveillée par des céphalées terribles, une douleur de nuque avec photophobie, des nausées et des vertiges... Allô le service ? Comment dire, j'ai pas réussi à aller jusqu'à la porte de ma chambre, alors... je viendrai bosser une autre fois, hein ?!
Quelques heures plus tard ça se calmait, alors que je me mettais à tousser et qu'apparaissaient de magnifiques arthralgies et myalgies (snif). Une 'tite grippette, c'est bien ça.
Commentaire de Dr Chef à mon retour, le soir même (on est des zinzins), en me voyant grimacer au bruit et à la lumière : "alors t'es mourante ? T'as pris une murge ?". Mmmmh, nan, mais j'imagine que ça doit ressembler à ça - la fièvre et le coup de flip en moins.
J'ai réussi à réduire une luxation antérieure d'épaule récalcitrante alors que j'étais franchement bonne à rien - mais comme dit Dr Chef, "sous AG ça compte pas". Pfff.
En attendant, il s'est encore bien payé ma tête dans les escaliers ; monter 2 étages avec une hanche gauche et un genou droit qu'on entendait quasiment grincer à chaque mouvement, c'était un beau moment de solitude.
(J'ai tenu 3h avant de retourner me coucher)
Le lendemain, j'étais de retour pour notre grande journée de bloc. Evidemment je n'ai réussi à rester debout jusqu'à la fin d'aucune intervention. Avec en prime, un cerveau en mode pilote automatique après 10-15 minutes à chaque fois. Super bonus, la honte du siècle quand le chef m'a demandé comment s'était passée une fermeture qu'il m'a laissée. Il a dû aller demander à la panseuse ce que j'avais fait, parce que je n'en avais pas la moindre idée, pfuit, trou noir (ahem).
Avec toutes ces péripéties, j'ai quand même passé quasiment 48h sans manger. Et vu la pauvreté des menus ici, je suis sur la mauvaise pente.
Ce soir pour aller faire des courses j'ai remis mon jean chouchou, qui me serrait encore un peu il y a 15 jours : je flotte dedans. Pis, il me tombe sur les hanches et on voit ma bedaine ! Ou plutôt le truc tout creux qui me sert de bedaine. En allant vérifier dans un miroir, c'est vrai que mes creux sus-claviculaires se sont encore creusés. Comme mes yeux de panda, d'ailleurs - un halo noir, puis du blanc autour.
J'ai commencé 2010 avec un IMC de presque 21, là d'après mes estimations je dois être à 19. Yeah. On va bientôt pouvoir faire sponsoriser nos internats par W*eight W*atchers et Juva*mine.
J'ai eu envie de proposer un concours inter-internes d'albuminémie, mais j'ai eu peur de ce qu'on pourrait découvrir, en fait. Alors finalement, non.
Ce soir j'ai acheté des biscuits et des pâtes de fruits en petits sachets à glisser dans mes poches pour la journée. Et encore des barres de substitut de repas. C'est un peu berk à force, mais je n'ai pas de meilleure idée. Les vitamines il m'en reste, mais je devrais peut-être doubler la dose ?
Pfiou, vivement les vacances.
lundi 9 août 2010
Lundi soir
Par Mimi le lundi 9 août 2010, 21:15 - Les sorties de Mimi
Ce soir en sortant du boulot je suis allée me promener et c'était très chouette. L'avantage des petits hôpitaux des petites villes, c'est qu'on n'est pas trop enseveli sous les HLM et le béton. J'ai fait un petit circuit en marchant pendant une heure, j'ai fait des dizaines de photos, et à 200m de l'internat, au bord de l'eau, j'ai conclu la balade en voyant ça :

(C'est tout bête, mais ce petit champignon posé sur son tronc, au milieu de nulle part, au bord de la rivière, je l'aurais manqué si j'avais cligné des yeux en passant. Hop un coup de zoom et j'ai vu qu'en fait, même un parasite, des fois, c'est joli...)
Il faut préciser, il fallait que j'oublie ça :

Miââââm. (Ne me demandez pas ce que c'est, je serais bien embêtée pour vous répondre. Je crois qu'une tranche de viande flottait entre deux eaux sous la sauce bizarre. Mais c'est à prendre au conditionnel. J'ai tout remis au frigo et j'ai bu un litre de jus de pomme à la place.)
Oui, c'est le menu de midi qui m'attendait sagement au frigo quand j'ai enfin réussi à aller déjeuner, vers 18h30. Après une journée passée à courir partout et à subir les pannes de clim au bloc (29° quand on a réussi à faire annuler le programme. On ajoute le tablier de plomb, la casaque et le scialytique sur le cou. Oh yeah.)
Que ça fait du bien, une petite promenade !

Edit 23h :
Ce "midi" j'avais aussi du jambon blanc et une petite barquette de pâtes que j'ai mis de côté pour le dîner sur mon plateau du soir, nominatif. Au moment d'aller manger : plus de jambon blanc et plus de pâtes. Il ne me restait donc que les stocks non mangés des trucs que vous voyez sur la photo. Pour mon seul repas de la journée, j'ai donc mangé 2 yaourts et un morceau de pain (y'avait plus de fromage non plus). Et un paquet de speculoos qui traînait dans ma chambre. J'en connais une qui aura encore une fois une forme olympique demain pour sa journée marathon entre les consultations speedy et la petite garde du soir. Et pour les blocs le lendemain. Oh yeah.
Le champignon, il était peut-être comestible ?
jeudi 29 juillet 2010
A prayer for the stressed
Par Mimi le jeudi 29 juillet 2010, 21:00 - Les blablas de Mimi
Je ne sais pas d'où vient cette "prière" mais on la trouve un peu partout sur internet. Et en dehors du fait que c'est mauvais signe que ça me revienne en tête, je la trouve très drôle...
Grant me the serenity to accept the things I cannot change,
The courage to change things I cannot accept,
And the wisdom to hide the bodies of those I had to kill today because they got on my nerves.
Help me to be careful of the toes I step on today
For they may be connected to the feet I have to kiss tomorrow.
Help me to remember, when I'm having a bad day
And it seems that people are trying to wind me up,
It takes 42 muscles to frown, 28 to smile,
And only 4 to extend my arm and smack someone in the mouth.
Amen !
(Le smacking in the mouth, y'en a une qui va y avoir droit très rapidement si elle ne change pas de ton. Je revenais de vacances à nouveau bisounours-like et une seule infirmière a réussi à me retransformer en dragon en 2 jours. C'est fort, très fort. Mais par la même occasion j'ai redécouvert le pouvoir calmant du pain aux noix et du chocolat au lait sur moi. Sauvée.)
dimanche 25 juillet 2010
Quoi, déjà ?!
Par Mimi le dimanche 25 juillet 2010, 20:00 - Mimi à l'hôpital
Y'a un truc qui m'échappe.
Comment les vacances peuvent-elles déjà être finies ?
Pfff... J'enchaîne avec une bonne douzaine de gardes aux urgences en 5 semaines, oh yeah ! Ca redémarre sur les chapeaux de roue !

Photo prise par Mouah dans le jardin de mes parents à MimiVillage...
mercredi 21 juillet 2010
Deux ailes et trois plumes...
Par Mimi le mercredi 21 juillet 2010, 09:00 - Les sorties de Mimi
C'est les ouacances.
Petit tour au zoo (oui, le même que la dernière fois, mais il y a encore eu du nouveau entre-temps : les tortues, les pélicans, les volières exotiques...).
Dans l'une des volières, deux enfants de 6 ou 7 ans discutent devant les gros oiseaux qui marchent tout près d'eux.
Premier enfant, émerveillé- Oh, un canard !
Deuxième enfant, hautain - Pfff, n'importe quoi, c'est une oie !
Le tout, devant... cette bête là :
Hum.

jeudi 15 juillet 2010
Tous nos mondes parallèles
Par Mimi le jeudi 15 juillet 2010, 14:00 - Mimi à l'hôpital
Ce qui est étonnant pendant les gardes, et même à l'hôpital en général, c'est qu'on reçoit des gens de tous horizons en vrac, au hasard. Tous les âges, tous les métiers, toutes les couleurs de peau, tous les porte-monnaies. Plein de gens qu'on n'aurait jamais rencontrés dans "la vraie vie".
Récemment j'ai vu aux urgences une série de petits garçons à peu près du même âge, et c'est parfois le jour et la nuit.
Garçon de 12 ans, gros bébé joufflu et geignard, le chéri à sa môman, chute en jouant dehors chez lui.
Une grosse chochotte, dès que j'approche de son micro-bobo je déclenche des hurlements "Aaaah ça fait maaaal !" - Héo, arrête avec tes larmes de crocodile, je ne t'ai pas encore touché.
Garçon de 12 ans, futur caïd de la cité, grosse racaille en devenir. On imagine parfaitement la mère voilée et muette, les frères et cousins qui terrorisent le quartier en roulant des mécaniques.
Dermabrasions et plaies importantes. Je commence par nettoyer et désinfecter.
"Hé toi, dégage ! Tu m'touches pas ! Ton truc ça va piquer, j'en veux pas !" et il m'attrape le bras.
Alors coco, je t'explique : tu as 12 ans et tu viens de te viander en scooter sans casque en faisant le con dans la rue. Je suis médecin et j'essaie de réparer tes dégâts. Tu me dois un minimum de respect, tu ne vas sûrement pas continuer à me parler sur ce ton et avec ce vocabulaire, et tu ne me frappes pas.
"J'm'en fous, c'est moi qui commande !", volée d'insultes et de coups - pas de bol ptikon, je fais 3 fois ton poids et tu as des plaies partout sur les membres, c'est facile de te maîtriser. Une fois le dragon vaguement calmé et une bonne partie du travail faite, je sature. Je file m'assoir derrière mon ordinateur, je prépare ses papiers de sortie sans un mot. Moi aussi il faut que je me calme : j'ai une furieuse envie de lui coller d'un coup toutes les baffes qui lui ont manqué pendant 12 ans. Il me regarde du coin de l'oeil, bouillonnant sur son brancard avec des larmes de rage. Je sors passer le relais à l'infirmière. Je vérifie si les parents sont arrivés - pas encore, tant pis, c'était pile ou face. Pile, ils étaient là, je les confrontais avec leur gosse et je leur disais tout le bien que je pensais des légères lacunes dans son éducation. Face, l'infirmière leur expliquait la surveillance TC et les consignes de pansement pendant que je voyais des gens qui méritaient un peu plus qu'on soit patient avec eux - les 30 minutes passées à essayer d'être sympa avec le gosse et de négocier, perdues.
Garçon de 12 ans, renversé à vélo par une voiture et qui va rester hospitalisé, tout seul car ses parents sont loin et ne peuvent pas revenir tout de suite. C'est une collègue s'occupe de lui, je la rejoins entre deux patients de mon côté. Elle a un point de suture unique à lui faire, avec son accord elle décide de le faire sans anesthésie. Je parle à notre jeune patient et je lui tiens la main pendant la suture. Il a mal mais il serre les dents. Juste un petit "Excusez-moi, vous auriez un mouchoir s'il vous plaît ?" à la fin, quand la tension retombe et qu'il commence à pleurer discrètement. Lâche-toi mon grand, tu as été très courageux mais tu as le droit de te laisser aller, aussi, un peu.
Garçon de 5 ans, petite plaie de main.
Il saute du brancard 10 fois et vide les placards de mon box de consultation en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire (et pour désinfecter son bobo). Ingérable. La mère trouve ça très drôle. Pas moi. J'essaie de rectifier le tir et de montrer un peu d'autorité, mais il me rit au nez. Que faire quand le modèle de ces petits monstres, c'est des parents inconscients et démissionnaires ?
Garçon de 5 ans, grosse plaie d'arcade sourcillière, à suturer.
Il a attendu patiemment dans le couloir avec son papa, longtemps. Je m'inquiète : un enfant trop calme après un traumatisme crânien, c'est toujours suspect. Après un moment passé avec le petit et le papa, je réalise que c'est juste un enfant calme. Il ne bronche pas quand j'examine sa plaie, quand je fais une anesthésie locale, quand je suture. Il a peur, c'est évident, on sent qu'il fait d'énormes efforts pour se contrôler - et à part la marée qui monte un peu dans les yeux par moments, ça fonctionne parfaitement. Je n'arrête pas de lui dire qu'il est super, très courageux, bien plus que certains grands et que certains papas, allez c'est bientôt fini, c'est génial, j'aimerais bien voir seulement des petits garçons comme toi, voilà c'est fini.
Les infirmières qui passent le nez dans le box sont scotchées par ce mini garçon. Impressionnant.
Garçon de 5 ans, plaie de front, à suturer.
Un joli blondinet, qui a un grand vocabulaire et l'esprit très vif. Il est accompagné par sa maman, qui a une attitude idéale dans ce genre de situation. On s'attelle à la tâche et rapidement, elle nous explique tranquillement qu'il faut rassurer le jeune homme : Snoopy est allé chez le docteur des chiens il y a quelques jours, et après il était au ciel, et là le petit garçon a eu peur d'aller au ciel puisqu'il vient aussi voir le docteur. Et puis bon, il irait bien au ciel avec Snoopy et Papi, mais il voudrait bien aussi rester avec maman - il doit se marier avec elle d'ailleurs. (hou ! ils sont trop choupi, en plein Oedipe)
Alors on discute tous les 4, le petit, la maman, l'infirmier et moi. On parle des docteurs des chiens et des docteurs des enfants. Du ciel de Snoopy et du ciel de Papi. Des maladies des papis et des mamis qui font qu'ils vont au ciel parce qu'ils sont très fatigués. Des bobos qui n'envoient pas les petits garçons au ciel, parce qu'on les répare avec du fil - oh regarde, on dirait un pirate ! Tu es beau !
Un coup de MEOPA plus tard, il devient enjoué, déchiffre l'étiquette de ma blouse, tombe amoureux du flacon de Bétadine, élabore des théories sur la façon de régler le brancard. La mère respire. Un peu trop de MEOPA, d'ailleurs, et elle sera quitte pour une petite balade à l'air frais avant de reprendre la voiture pour aller coucher son zouave mignon qui n'a plus peur du ciel et des docteurs.
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